Référence :
O17103
Titre :
Essuie-mains
Date :
1971
Description et dimensions :
Torchon ; torchon avec empreintes de mains à l’acrylique ; toile avec empreintes de mains à l’acrylique ; bande de chlorure de vinyle avec motifs sérigraphiés, chaque élément accroché sur un dévidoir à essuie-mains en bois
2 fois 122 x 67 X 8 cm, 2 fois 144 x 67 x 8 cm
Performance associée
Hygiène de l’Art
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Provenance
Collection de l’artiste. Collection Musée National d’Art Contemporain – Centre Pompidou
Observations
Crédit photo : Laurence Honnorat/Innovaxiom
Expositions
Céret, Centre Pompidou, Galerie 24Beaubourg, centre d’art Perpignan
Bibliographie
Extrait entretien avec Sophie Duplaix, commissaire de l’exposition au Centre Pompidou (2017)
Sophie Duplaix
Dans le chapitre de l’hygiène de l’art, il y a aussi des œuvres étonnantes, des essuie-mains, de vrais essuie-mains, mais quand même un peu modifiés.
Hervé Fischer
Cela fait partie de l’hygiène. L’idée est que, si on veut vraiment avoir l’esprit libre, être disponible pour une nouvelle démarche artistique, il faut faire du nettoyage. A l’époque, il y avait dans les cafés parisiens des essuie-mains qui étaient en tissu, suspendus à un petit rouleau de bois et sur lesquels on tirait pour se sécher les mains. J’en ai pris un tel quel, que j’ai acheté au Bazar de l’Hôtel de Ville – pas très loin du Centre Pompidou. Mon idée était analogue à celle de Kosuth dans l’art conceptuel : il juxtaposait la photo de la chaise, la chaise, et la définition de la chaise prise dans le dictionnaire. J’ai juxtaposé l’essuie-mains ordinaire et un essuie-mains sur lequel j’ai mis des empreintes de mains, puis j’ai remplacé l’essuie-mains par une toile à peindre blanche sur laquelle j’ai mis mes empreintes de mains. Ensuite, pour être tout à fait hygiénique, j’ai fait sérigraphier les empreintes de mains sur du plastique, un matériau particulièrement propre et transparent. Cet ensemble de quatre essuie-mains était un geste provocateur, mais je l’ai fait surtout pour moi-même, pour m’approprier ma liberté, être disponible pour l’art sociologique, qui était à inventer. Je dois ajouter un mot à propos des empreintes de mains. A l’époque, il y avait le mouvement Supports/Surfaces, qui déconstruisait la représentation traditionnelle, bourgeoise, l’illusion d’un paysage sur une toile tendue sur un châssis avec un cadre. Cela m’a certainement influencé. Mais je pensais aussi à un geste anti-avant-gardiste, et j’ai donc repris l’empreinte de main telle qu’on la voit dans les grottes préhistoriques, le geste qui ne prétend aucunement inventer l’art chaque jour. Car je ne crois pas au progrès en art. Cette critique de l’exacerbation avant-gardiste des années 1970 était fondamentale dans ma conception de l’art sociologique. D’autre part, je m’attaquais à la question de toucher la toile, ce que l’on n’a pas le droit de faire dans les musées – il y a toujours une corde, un petit trottoir, un capteur de mouvement – et moi, au contraire, je voulais qu’on touche la toile. Enfin, j’ai fait les empreintes en bleu, blanc, rouge pour souligner le rapport de l’art à la société. J’ai choisi ironiquement les couleurs de la patrie !
Réf : Catalogue du Centre Pompidou pages 10 et 11
Exposition Centre Pompidou 2017
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