Toile : Qu’est-ce que la beauté universelle ? Autant de mythes, autant de réponses et de rituels (2025)
Présentation du livre
Après avoir développé une approche mythanalytique de la couleur (Les couleurs de l’Occident. De la Préhistoire au XXIe siècle et Mythanalyse de la couleur, Gallimard, 2019 et 2022), Hervé Fischer nous livre ici la théorie générale de la mythanalyse qu’il construit depuis une cinquantaine d’années à partir de la sociologie des imaginaires sociaux et de sa pratique d’artiste. Il soutient qu’on ne peut pas ne croire à rien, comme le tentait la philosophie postmoderne. Et parodiant à contre point Hegel, le prophète mythique de la Raison, il affirme que Tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel. Rejetant les concepts d’inconscient individuel et collectif de Freud et Jung, dont il souligne la fiction d’inspiration romantique, il relève le caractère biologique et épigénétique de la construction de nos facultés fabulatoires, depuis le stade fœtal jusqu’au stade de la conscience augmentée. Il souligne que ce n’est pas le nouveau-né qui vient au monde, comme nous le disons couramment, mais que c’est le monde qui vient à l’enfant lors de l’accouchement dans une expérience originelle. L’in-fans -celui qui ne parle pas encore, qui ne distingue pas encore le monde de son propre corps, est lié à sa mère, à son père, à l’autre (la société) dans le carré parental, qu’il fabule selon ses émotions physiologiques. Ces premières matrices fabulatoires s’inscrivent durablement dans la plasticité de son cerveau et demeureront à vie actives dans l’interprétation de son rapport au monde, aux autres et à lui-même, comme le montre de plus en plus la recherche en neurosciences.
Hervé Fischer soutient que nous avons autant de mythes aujourd’hui que les Égyptiens ou les Grecs anciens, mais que nous n’en avons pas conscience et nous croyons modernes. Les mythes naissent, se métamorphosent, s’actualisent ou meurent selon la diversité des sociétés et des époques. Selon lui, un mythe est une énergie qui prend nom et fait récit ; exemples bien connus : Dieu, la liberté, la modernité, la démocratie, la mondialisation, etc. Ce sont les mythes actuels les plus actifs qu’identifie la mythanalyse. Laissant les mythes anciens à l’érudition des mythologues, c’est donc une sociophysiologie générale de la gestation actuelle de nos imaginaires sociaux qu’Hervé Fischer nous propose et qui lui permet de repérer, déchiffrer et évaluer les mythes actuels qui nous gouvernent individuellement et collectivement. Sur cette base, il nous propose une vingtaine d’analyses des mythes : l’univers, Dieu, la mort, la transparence, le progrès, l’art, l’insularité, la frontière, le numérique, l’intelligence artificielle et le mythe même de l’hyperhumanisme qu’il oppose au transhumanisme. Il conclut d’un point de vue aussi bien pragmatique qu’éthique, qu’il faut ne pas se tromper de fabulation et éviter les hallucinations, ouvrant la voie à une pratique thérapeutique de la mythanalyse dénonçant nos mythes les plus toxiques et valorisant les plus porteurs d’éthique planétaire au nom de la mythique Déclaration universelle des droits de la personne.
